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Alain Bomo Bomo, un acteur au grand cœur

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« J’ai été nourri d’une très grande expérience qui m’a également donné la rage de réussir »… 

Vous avez été désigné grand jury pour le second tour de la compétition des 15 pays représentés aux Trophées francophones du cinéma. Cette grande rencontre des cinéastes de la zone francophone qui s’est tenue au Cameroun du 04 au 16 décembre 2017. Comment vous sentez vous dans cette nouvelle casquette ?

Je déborde de joie. Pour la première fois, en 15 ans, mon travail dans le cinéma a enfin été reconnu par de hautes instances internationales. Malgré le fait que je sois très souvent traité de non conformiste à cause de ma franchise, cette grande famille francophone, a cru en moi et à mon travail. Je rends grâce à Dieu pour cette bénédiction qui est au-delà de mes espérances.

Vous étiez l’un des membres du jury camerounais dans la sélection des 15 venus des autres pays. C’est un grand honneur et en même temps une lourde responsabilité !

Oui je vous le concède ! C’est une grande responsabilité doublée de cet honneur de défendre mon pays au milieu des confrères francophones dans un choix objectif des meilleurs parmi les nominés.

Vous savez, le travail d’un jury, au delà de toutes considérations techniques sur la compétence, repose sur la sensibilité des uns et des autres, leur culture et leur vision. Ainsi la façon qu’un réalisateur raconte son film, son choix de l’angle de prise de vue et sa décoration, la mise en scène de ses acteurs, ses techniques de camera etc. ne touchent pas  les uns et les autres de la même manière. Certains aimeront d’autres pas.  Voilà la complexité de juger un film en tant que jury. Mais une chose est claire  le beau est beau universellement sans concept  pour parler comme E. Kant. Dans le vote du jury, on verra toujours un film dans une catégorie qui remportera plus d’estime que d’autres. Il sera pour ainsi dire souverain, car tributaire du choix du jury sélectionné.

Votre mission, était bien entendu de sélectionner les meilleurs films dans les différentes catégories définies par les organisateurs de cette compétition. Dites nous comment se déroule concrètement votre travail de jury?

Le tri du premier tour des votes ayant déjà été fait, laisse en compétition 23 longs métrages fictions et documentaires confondus de plus d’une heure et avoisinant parfois deux à trois heures de temps. 5 courts métrages, fictions et documentaires de moins d’une heure. Il est question de visionner 28 films, pour 49 nominations à départager parmi les lauréats. Les films en compétions ont été mis en ligne du 18 octobre jusqu’au 22 novembre 2017 via le site imineo et nextflix et de porter mon choix sur celui que je juge meilleur selon les différentes catégories définies à travers la plate forme voxaly.

Vous avez regardé 28 films venus de 15 pays de la zone francophone ! c’est un énorme répertoire ! Avez-vous pris du plaisir ou est-ce une lourde corvée ?

Mon DIEU! C’était gargantuesque ! Près de 60 heures de visionnages avec la connexion merdique de nos opérateurs téléphoniques, Mais j’y suis arrivé! Je ne parlerai pas de contrainte. Même si c’est un dur labeur, j’y ai pris du plaisir car il s’agit de ma passion. Je me suis délecté à voir des grands acteurs avec lesquels je rêve jouer. J’ai vu des cinémas d’ailleurs, leurs angles d’attaque pour raconter des histoires et des techniques de réalisation. Cela m’a fait comprendre à quel point ces pays sont institutionnellement, socialement, politiquement et financièrement soutenus afin d’offrir des films concurrentiels. J’ai réalisé combien nous sommes malheureux à ce rendez-vous francophone du cinéma. Non pas pour dire que mes compatriotes en course partent perdant, loin sans faux, au contraire ils ont du potentiel mais à ce niveau de compétition, le talent ne suffit pas. Il faut de gros budget pour réaliser de telles prouesses. Les films de la sélection camerounaise, malheureusement ne relèvent que du cinéma indépendant c’est-à-dire réalisés avec des moyens très limités et autre lots de difficultés, toutes choses qui rendent difficile et incertaine une production de haute qualité. En quelques jours, j’ai été nourri d’une très grande expérience qui m’a également donné la rage de réussir.alain-bomo-bomo TPM

Après cette expérience, comment jaugez-vous le niveau de cette compétition et partant le niveau du cinéma africain ?

Au vu des films, sans risque de se tromper le niveau de compétions est élevé, les films sont de grandes qualités. La sensibilité artistique, les sujets et les thèmes d’actualités traités dans les différents projets étaient d’un énorme critère pour départager les lauréats. J’ai néanmoins été subjugué par le cinéma de l’Afrique du nord, elle a une nette avance sur celui de l’Afrique subsaharienne.

Vous avez subi de violentes critiques au sorti de votre film « Braquage à la Camerounaise ». Comment vous êtes vous relevé de cette épreuve ?

De la précipitation et une équipe d’amateur m’ont coûté cet échec et j’en ai payé le prix. Ça a été un cauchemar vivant que la bande sonore disparaisse à des endroits du film pendant le visionnage en avant première du film. La critique ne m’a pas fait de cadeau. Néanmoins je suis vraiment content car aujourd’hui, je sors de cette épreuve muri et aguerri d’expérience. J’en ai voulu au ciel de m’être retrouvé au fond de l’abime, à subir des humiliations orchestrées par mes détracteurs avides de suspendre mon ascension. Au lieu de me défiler, j’ai repris le doublage et le traitement. Aujourd’hui, la post production terminée, je regarde et vois ce film tel que je l’avais imaginé. Cela me rempli de morgue car il est sollicité et a déjà été acheté par des diffuseurs locaux et internationaux. Je tiens à remercier par l’occasion qui m’est offerte, chaque membre de la Cameroon Actor’s Agency (CAG) et les personnes extérieures qui ont mis du leur pour ressusciter mon tout 1er long métrage « braquage à la camerounais ». J’exhorte le très haut pour qu’il les bénisse ! Par ailleurs je prépare mon prochain film « faites entrer le condamné ». Je compte y appliquer toute l’expérience que j’ai acquise.

Depuis quelques années vous avez initié un projet de formation des jeunes qui se décline en une émission de téléréalité intitulé « Dream Cast Show ». Qu’est ce qui vous a motivé à vous orienter vers l’éducation ?

J’ai eu beaucoup de chance de croiser le chemin du grand Daniel NDO, qui m’a appris tout ce que je sais du cinéma et a façonné mon esprit, ce qui fait aujourd’hui ma façon d’être, de me comporter et de sentir les choses dans le milieu du cinéma et ailleurs. Et de plus j’ai suivi une formation en pédagogie. J’ai donc saisi cette chance d’être interpellé par des jeunes qui sollicitent devenir acteur comme moi, pour initier ce projet. Avec mon équipe, nous avons créé cette plate forme de formation de l’acteur mais aussi des HOMMES en société. Mon rêve, que je chérie depuis mes débuts est d’allier l’éducation et le cinéma, faire des films sous forme de matériau didactique en direction des élèves, des individus en général pour soutenir leurs connaissances pratiques. Comment comprendre que notre cinéma vit en marge de notre histoire et ses légendes, de nos scandales, de nos aspirations pour se mouvoir dans le tourment de l’amour comme si c’est ce qui manque au camerounais ! Et au regard du vice qui s’accroit dans notre société, je pense qu’il y’a à traiter comme thème. Notre cinéma doit être une force de proposition sociopolitique et je me constitue cette force humaine et matérielle pour réaliser cette vision cinématographique.

Que deviennent les jeunes que vous avez formés ?

Sans se voiler les yeux sur cinq films qui se tournent au Cameroun, les jeunes que je forme sont au moins dans quatre. Ces minis Alain Bomo Bomo, comme on les nomme, certains feront parler d’eux. Le temps nous le dira.

Dans une récente interview, Daniel Ndo vous désignait comme sa relève. Que faites vous de cette confiance qu’il met en vous ?

J’ai lu cette interview et j’en ai été vraiment honoré d’avoir une telle position auprès du grand Ndo. Si vous connaissiez le personnage acerbe, véridique, rigoureux, hyper dure qu’il est, vous comprendriez pourquoi c’est une grande victoire pour moi qu’il m’apprécie. Je suis très ému d’avoir cette reconnaissance. Daniel Ndo est un modèle de loyauté, de labeur et de discipline pour moi. Sa confiance est un bien précieux que je chéris. Je ferai tout mon possible tant dans mon travail que dans mon comportement pour ne pas le décevoir. Aujourd’hui je m’efforce de retransmettre fidèlement ce qu’il m’a appris et continue d’apprendre en y mettant du mien pour que son grand héritage ne meure jamais.

Avez-vous souvent un sursaut d’orgueil à cause des privilèges que vous apporte votre célébrité ?

Je sais apprécier chaque chose que la vie m’offre mais au point de m’en orgueillir comme si je méritais plus que d’autres…non ! C’est une grâce de DIEU. A lui la gloire. Si je m’enfle d’orgueil il me le retire. En plus tout ça n’est que vanité, aujourd’hui c’est moi demain un jeune viendra et je tomberai en désuétude.  Personne ne se souviendra de mes privilèges. Le plus important qu’on doit retenir de moi, c’est ce que j’aurai fait pour les autres dans le but d’influencer positivement le monde.

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