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Daouda Mouchangou, Le père de « Japhet et Jinette »

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Après un  bref échange téléphonique avec Daouda Mouchangou, rendez-vous est pris pour un entretien à son domicile à Bastos, un quartier résidentiel de Yaoundé, la capitale du  Cameroun.  Chez le réalisateur, il est plus de 13 heures et la table pour le déjeuner est déjà dressée. Un coup d’œil furtif à la salle à manger, on aperçoit quatre couverts soigneusement disposés. Pour ne pas déranger les petits fils en séjour chez « grand-père » qui s’apprêtent à passer à table,  il faut s’installer au balcon.  Un petit espace douillet qui donne une vue imprenable sur le palais présidentiel…

Sur cette véranda dominée par des plantes, quelques instruments traditionnels du peuple Bamoun (dans le département du Noun, région de l’Ouest) composés d’un grand coutelas et d’une sonnette de rappel à l’intérieur. « Il s’agit là de quelques attributs de notabilité. Je suis un notable ‘Nji’ de la famille Njiassé, l’une des plus grandes du royaume Bamoun et oncle du roi», confie ce père et grand-père avec beaucoup de fierté.

Pas facile de s’entretenir avec Daouda Mouchangou. Le méticuleux cinéaste, même s’il trouve les questions « très bonnes », entreprend néanmoins de les reformuler avant d’y apporter une réponse. «  Depuis  ma plus tendre enfance j’ai navigué dans l’art sans m’en apercevoir parce que j’aimais faire de la comédie. Ce qui m’a conduit à faire du vrai théâtre au lycée », raconte ce professionnel du 7e art. « Vers 1962, je suis en classe de 5e à Nkongsamba dans le département du Moungo, région du Littoral. J’ai un professeur français du nom de Jacques Fabre  qui me choisit pour jouer dans la première pièce théâtrale classique du lycée. Il s’agit de ‘Les précieuses ridicules’, de Molière. J’avais le premier rôle. J’en ai encore des bribes », lance-t-il avant d’interrompre l’entretien pour reprendre, tout joyeux, certaines scènes. Ici, timbre vocal et gestuelle se rejoignent sur une mine sérieuse.  On eut dit un acteur en représentation.

France

Quelques années plus tard, il se retrouve au Sénégal pour achever ses études secondaires  au Lycée Blaise Ndiaye de Dakar. Au bout de deux ans, le jeune homme qui ne veut pas revenir au pays avec en poche son seul « petit » baccalauréat, quitte le Sénégal pour la France en 1968. « A l’université, je m’inscris pour des études d’animation socioculturelle option théâtre et parallèlement, je fréquente le conservatoire libre du cinéma français », relate l’homme de 72 ans  qui les fait à peine. A la suite de toutes ses études sanctionnées par un diplôme d’études approfondies (Dea) de l’Université Paris VIII en animation socio-culturelle, Daouda Mouchangou, diplômé en réalisation, se présente chez le réalisateur français Claude Chabrol. Le premier contact avec ce cinéaste d’un autre rang est une véritable leçon d’humilité pour le Camerounais.

Au bout de quelques jours de présence assidue sur un plateau de tournage, il parvient à être recruté comme quatrième assistant. Au fil du temps, Daouda Mouchangou gravit les échelons et finit premier assistant. « J’ai été employé dans plus de 30 films français comme assistant », révèle-t-il avant d’avouer que certains de ces films étaient « bons et d’autres mauvais ». Son tout premier contrat, il le signe en 1977 avec la chaîne de télévision France 3  en tant que coréalisateur d’un docu-fiction « Les seigneurs de la savane »  qui est une partie de la série française « Cheval mon ami ». Ledit docu-fiction doit être réalisé au Cameroun. En France, le fils du Noun a pour  principaux employeurs Les films du Thar, Paris ; Euro-Ciné ; Comptoir Français du film, Paris  et productions J.P Blondeau et France 3.

Malgré l’obtention de sa carte professionnelle du Centre national cinéma français, (Cnc) qui lui confère le statut de réalisateur reconnu, Daouda Mouchangou décide de retourner au pays en 1978. Une fois au Cameroun, il signe son premier contrat  à l’Ipar  et  est nommé responsable du secteur audiovisuel. Là-bas, il réalise de petits documentaires pour l’ancien ministère de l’Education nationale. Après quoi  il dépose ses valises  à l’Unité de télévision du ministère de l’Information et de la Culture où les diffusions se font uniquement lors des grandes occasions comme l’arrivée du pape Jean Paul II en 1985. Quand  l’Unité de télévision sus citée devient la Cameroon Television (Ctv) avec Florent Etoga Eli pour directeur général, l’artiste réalise «  La succession de Wabo Deffo », un téléfilm sorti en 1987. La même année il signe le long métrage « Le procès de Madame ».

Etoile de Noudi

Mais ce n’est que sous l’ère Gervais Mendo Ze, ancien directeur général de la Cameroon Radio Television  (Crtv), qu’il réalise ses plus grands succès. Le cinéaste marque à jamais les esprits avec trois téléfilms bien accueillis par le public : « Boule de chagrins » la pièce théâtrale  de Gervais Mendo Ze devient par ses soins « Etoile de Noudi » en 1989, suivra « Le retraité» en 1990 et « Japhet et Jinette » qui sortira l’année d’après. Daouda Mouchangou fait ainsi les beaux jours du cinéma camerounais. C’est avec beaucoup de nostalgie que certains se souviennent de l’engouement que suscitaient toutes les diffusions de ses réalisations sur la télévision nationale. « C’était  la belle époque […]. Les gars jouaient super bien, pas les  bouffonneries de maintenant », persifle un cinéphile. «  Mes films paraissent vrais.  Je suis dans un métier que j’ai choisi. Je réalise comme quelqu’un qui fait de la peinture dans l’abstrait. Je n’aime pas qu’on récite », soutient le réalisateur qui a travaillé avec des acteurs tels que Joséphine Ndagnou, Daniel Ndo, Odilia la dure ou encore Yolande Ekoumou.

En retrait de la scène cinématographique depuis plusieurs années, l’ancien président du conseil d‘administration de la société camerounaise des arts audiovisuel et photographique (Scaap ) dit n’avoir pas pris sa retraite car « un artiste travaille jusqu’à la dernière seconde ».

« Je ne réalise plus parce qu’il n’y a pas pour le moment dans notre pays une institution ou une volonté politique de travailler pour l’émergence réelle du cinéma camerounais. D’autre part, au niveau qui est mien, je ne peux pas me permettre  de me lancer dans une aventure sans lendemain. Les films que j’ai réalisés, s’il fallait les faire aujourd’hui, je n’y arriverai pas  dans les mêmes conditions. Aujourd’hui, le cinema est moins une question de passion qu’une affaire d’argent. A l’époque, les gens étaient prêts  à travailler pour le cinéma. Je ne voudrai pas participer à l’avilissement de ce métier », tranche l’homme dont la filmographie affiche quatre films écrits et une série de 52 épisodes.  Il déplore, pour conclure, que la jeunesse engagée dans le cinéma n’est pas encadrée. Selon lui, « au-delà de ceux qui réussissent à faire quelque chose de potable, il y a trop d’aventuriers. Des jeunes comme Thierry Ntamack, Joséphine Ndagnou et Françoise Ellong se démarquent du lot ».

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