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Jimmy Jean Louis : « Desrances mériterait de gagner »

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Pour l’acteur haïtien, personnage principal du long métrage en compétition du Fespaco 2019, le film est au cœur de la problématique sur l’identité. Une question d’actualité qui le touche personnellement. Dans un entretien avec tendancespeoplemag.com, il raconte sa quête, son rapport à l’Afrique et de son idée du féminisme.  

Vous participez pour la première fois au Fespaco. Que ressentez-vous d’être ici à Ouagadougou, au milieu des cinéastes africains ?

Je suis très content d’être ici. J’avais été invité à plusieurs reprises dans le passé, parce que j’ai eu des films ici, tels que « Le président a-t-il le Sida ? » « Toussait Louverture » et autres. Je n’ai jamais pu venir. Cette fois-ci, nous sommes là pour le cinquantenaire, en plus de cela, j’ai deux films à ce festival, « Desrances » d’Apolline Traoré  et aussi « Rattle snake »de Julius Amedume, un film que j’ai produit et dont je suis l’acteur principal. Venir ici, c’est sûr que c’est une vraie rencontre avec tous ces cinéastes qui nous viennent de tout le continent africain. On échange, on apprend à se connaître. On essaie d’établir des liens. C’est un pont que j’essaie de créer depuis 10 ans maintenant. Cela fait en effet plus de dix ans que je travaille avec le continent africain. Mon premier film remonte peut-être à 2008-2009 au Nigeria. J’ai aussi tourné au Ghana, au Sénégal, au Maroc et bien sûr à Abidjan en Côte d’Ivoire, où « Desrances » a été filmé.

« Desrances », film en compétition dans la catégorie long métrage et dans lequel vous jouez le rôle principal, traite de la question de l’identité sous différentes coutures. Est-ce une problématique qui vous touche personnellement ?

Ça ne peut que me parler, parce que malheureusement, j’ai grandi dans une société où je n’avais pas vraiment d’identité, où j’étais très mal accepté, peu importe où j’allais. Oui, je suis haïtien. Le fait d’être né en Haïti, c’est malgré moi. Après, je suis passé par l’Europe (France, Italie, Espagne ou Angleterre). Je ne suis jamais vraiment accepté. En Afrique du Sud comme aux Etats-Unis, c’est pareil. Je suis toujours en quête d’identité pour comprendre vraiment qui je suis. Quand je le dis, ce n’est pas pour me prendre la tête. On est dans une société qui n’est pas égale à tous. Très souvent, on est obligé de mener cette quête d’identité sinon, on peut se perdre sans savoir.

Quelles réponses apporteriez-vous justement à ces conflits identitaires que vous décrivez ?

Je ne pense pas avoir une réponse à ça. Mais, tout ce que je souhaite c’est qu’à la fin, les gens prennent conscience que nous ne sommes que des êtres humains et qu’il faut éliminer toutes ces barrières raciales ou économiques pour s’entendre. Dans « Desrances », on touche quand même pas mal de sujet. On parle notamment de la place de la femme dans la société, de son importance. On touche à la question du nom de famille en demandant pourquoi est-ce que c’est le garçon qui doit continuer à faire vivre le nom de famille. Depuis que je connais le monde, il est dirigé par des hommes. Et si je dois faire un bilan, je dirais qu’il n’est pas génial. Donc, oui, ce sont des questions qu’on doit se poser. A quel moment est-ce qu’on va avoir des vrais changements ?

Un peu féministe ?

Je ne vois pas pourquoi je serais féministe si j’essaie juste  de trouver d’autres solutions. Et c’est ça le drame. Dès qu’on donne le bâton à autre que l’homme, on tombe tout de suite dans une case. C’est dingue ! On est tellement dedans qu’on trouve certaines choses normales. Si la force n’est pas chez l’homme et qu’on essaie de la mettre du côté de la femme, ça veut dire qu’on est féministe. Ça ne veut rien dire du tout. Je dis que c’est du n’importe quoi !

« Desrances » a fait courir dans les salles de cinéma ici au Fespaco, confirmant ainsi son statut de grand favori pour l’Etalon d’or de Yennenga. Ressentez-vous une pression particulière par rapport à ces pronostics ?

Pas du tout. Sincèrement. Je n’ai aucune pression. Quand je m’implique dans un projet, j’essaie de faire en sorte que ce soit représentatif du projet. Dans ce cas-là, on était entouré de jeunes talents, que ce soit les acteurs, les techniciens ou la réalisatrice, Apolline Traoré. Et on a fait un travail convenable. Je dirais même représentatif de ce qu’on voulait. On a mis toutes les chances de notre côté. Qu’on gagne ou qu’on ne gagne pas, ça c’est une autre affaire. Mais, pour plein de raisons, ce film mériterait de gagner. Parce qu’encore une fois, depuis plus de 50 ans, une femme n’a jamais gagné cet Etalon d’or.

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