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La Nouvelle Vague du cinéma tunisien nous parle « au féminin » !

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Ces dernières années, le secteur du cinéma est en plein essor en Tunisie. Depuis la révolution, la scène cinématographique du pays nous dévoile des figures féminines fascinantes, d’une manière toute différente. Ces dernières témoignent avec ferveur de la société dont elles sont issues. En effet, c’est la volonté artistique des jeunes réalisateurs, tels que Abdelhamid Bouchnak (fils de Lotfi Bouchnak), Leyla Bouzid (Fille de Nouri Bouzid) et Ghazi Zaghbeni, qui apporte avec justesse un œil neuf aux spectateurs, sans pour autant perdre de vue les pionniers du grand écran tunisien.

Aujourd’hui, la présence accrue des femmes dans ce secteur met l’accent sur les différents enjeux d’une transition socio-culturelle en cours. C’est dans ce sens que nous vous invitions à découvrir deux étoiles filantes du septième art tunisien, dans sa version la plus moderne.

Zoom sur la « Nouvelle Vague » du cinéma tunisien « post-révolutionnaire »

L’émergence d’une « Nouvelle Vague » cinématographique en Tunisie s’impose aujourd’hui « au féminin » aux quatre coins du pays. Pour atteindre un public plus large, les jeunes réalisateurs accordent une attention particulière à la décentralisation des activités culturelles. Ainsi, ils apportent une diversité précieuse à l’écran, en dépassant les frontières morales et même géographiques. Loin de là, ce retour prometteur du septième art en Tunisie semble être le résultat d’une prise de conscience collective, créée au fur et à mesure des retombées sociales et politiques depuis 2011. De nos jours, c’est surtout l’approche ciné-éducative qui permet de traiter un large éventail de sujets, ne pouvant laisser le public indifférent. Après « le cinéaste de la transgression » Nouri Bouzid, de nouveaux talents tentent leur chance et créent un tournant dans l’histoire du cinéma tunisien. Ces derniers donnent alors vie à une multitude de personnages féminins, ayant des messages plus ou moins pointus à transmettre.

Le renouvellement cinématographique actuel se défait d’un héritage pesant et valorise ainsi plus que jamais les jeunes actrices. C’est sans doute un excellent moyen pour réhabiliter l’intégrité morale, physique et sexuelle de la femme tunisienne dans une société qui inclut tradition, religion et modernité. Vivement la quête des talents cachés dans les coulisses culturelles et ailleurs !

Beya M’Dhafer : « À peine j’ouvre les yeux »

« À peine j’ouvre les yeux » est un film de Leyla Bouzid, sorti en 2015. Il présente deux visages féminins marquants : Beya M’Dhafer et Ghalia Ben Ali (chanteuse engagée). Âgée de 38 ans, la réalisatrice s’oriente vers la culture alternative. Elle dresse ainsi le portait de Farah qui tient le rôle principal du film. Celui-ci a été attribué, bien entendu, à Beya M’Dhafer.

Après son bac obtenu brillamment, celle-ci continue à chanter au sein d’un groupe de rock engagé. Tout long du film, Farah remet en question les décisions familiales imposées et la domination masculine qui l’étouffent, touchant ainsi à nos émotions les plus profondes. Son but ultime est la redécouverte de soi et du monde, sous le régime de Ben Ali. Parallèlement, la jeune fille révoltée se fie à une relation inédite avec un jeune garçon, alliant amour et plaisir. En effet, Farah est un personnage auquel tout spectateur averti peut s’identifier facilement. Son caractère d’héroïne excessive touche la mémoire émotionnelle des Tunisiens et évoque le poids de l’oppression exercée avant le « Printemps arabe ». C’est la voix d’une jeunesse tunisienne subversive, passionnément dévouée à sa cause.

Aussi surprenant que cela puisse le paraître, il a fallu plus d’un an pour que la réalisatrice engagée choisisse enfin l’héroïne de son premier long-métrage, primé à la Mostra de Venise. Selon Leyla Bouzid, il fallait absolument que celle-ci puisse « incarner ce rôle » de manière à remplir une fonction cathartique dans son film. Quoique le « choix [ait été] très difficile pour elle », Beya gagne finalement en influence et saute sur l’occasion, en niant toute intention « de censure ou d’interdit ». Comme prévu, elle s’immerge naturellement dans la peau de Farah et se montre en harmonie avec ce personnage qui colle bien à sa personnalité. D’ailleurs, de nombreuses séquences nous donnent l’impression que ce personnage fictif existe en dehors de l’écran.

Plus que jamais, la représentation de la femme qui boit dans un bar populaire la Celtia, « la bière emblématique de Tunisie » a fait l’objet de nombreuses critiques. En effet, l’idée en question implique psychologiquement le spectateur, qui se croit au premier abord contemplatif, dans une expérience personnelle. En plus, il s’agit d’une piste de questionnement sur l’intention artistique qui se cache derrière cette paradoxalement courante et étonnante. Une femme qui boit, n’est-elle pas vraiment à sa place ? Suis-je concerné par le sujet étant moi-même buveur, sinon abstème dans une société qui prétend le conservatisme ? Une chose sûre : la question de l’alcool est indissociable des tabous liés au contexte social tunisien.

En plus des échanges gestuels et verbaux, la musique produite par le groupe Joujma, qui signifie littéralement « bruit », sert à émouvoir le public en créant une ambiance ondoyante dans le film. Il faut bien dire que les séquences chantées ont marqué l’esprit du public, même en dehors de la salle de cinéma. Ainsi, la chanson « Ala Hallet ‘Aini » (À peine j’ouvre les yeux) a embelli grandement le film. Et la cerise sur le gâteau, c’est « L’hirondelle », un texte sublime de Majd Mastoura, récité furieusement par la protagoniste. Celui-ci a été écrit en arabe et traduit par la suite en français. C’est ainsi que la voix épurée de Farah, celle de la liberté et de l’euphorie, a laissé une trace concrète de son passage sur le grand écran.
Enfin, nous pouvons dire qu’ « À peine j’ouvre les yeux » est un film turbulent qui provoque un sentiment d’utilité sociale chez le public. Il lui dévoile également les facettes d’une idéologie moralisante, mal vécue dans une société à deux vitesses, voire plus.

Nadia Bousetta : « La fuite »

« La fuite » est un film de Ghazi Zoghben, sorti en 2020 dans le cadre de la 31e édition des Journées Cinématographique de Carthage (JCC) et diffusé à Paris le 19 et 20 mai en présence du réalisateur. Ce dernier est aussi dramaturge, acteur et fondateur de l’espace culturel « L’Artisto ». Bien qu’il soit assez discret, Ghazi révèle son audace artistique en créant deux personnages que tout oppose. Ce film est un huis-clos hors du commun qui l’avait réuni à l’écran avec Nadia Bousetta afin de cristalliser la problématique du corps féminin sous son regard expert.
Quant à la jeune comédienne, elle poursuit désormais son « parcours anticonformiste » à travers une mise à nu progressive du personnage de Narjes. Elle endosse ainsi le rôle d’une fille de joie qui reçoit dans sa demeure un extrémiste religieux recherché par la police. Loin d’être une femme à barbe (dans le sens métaphorique du terme), Nadia Bousetta a mis en honneur le cinéma tunisien en remportant le prix de la meilleure actrice au Festival du film d’Alexandrie pour son rôle dans ce film. Lors de son interview avec Tunisie.co, elle se présente comme « une incarnation du personnage » en question ou encore « un outil » consacré au jeu de rôle qui lui a été confié.

Connue pour avoir joué dans la série télévisée Maktoub de Sami Fehri, la jeune actrice continue à surprendre son public en cogitant dans des univers multiples. À vrai dire, c’est une personnalité féminine aux traits singuliers, accentués par ses cheveux blancs qui font tourner la tête. Son regard perçant et son ironie grinçante sont capables de laisser chaque spectateur curieux scotché sur son siège ! Ces atouts ont marqué infailliblement les moments forts du film, notamment pendant la scène de la « pomme » que Narjess tend au religieux. Selon elle, le but d’une telle représentation est de revendiquer le concept du « péché originel » hérité d’Ève et d’Adam ainsi que son impact sur les normes sociétales modernes. En bref, il s’agit d’une confrontation entre deux antagonistes qui mêle érotisme, audace et méfiance … à la tunisienne !

Qu’est-ce qui fait la valeur morale et éthique de nos actes ? Cela doit-il nous amener à redéfinir les stéréotypes liés à l’image du corps féminin en dehors du cadre religieux et social ? Quels sont les fondamentaux sur lesquels repose la société tunisienne dans son processus de libération ? Tant d’interrogations sont envisageables.
Enfin, même si le personnage de Narjess a dû en laisser beaucoup sur leur faim, celui-ci reste une ode à la liberté corporelle et la « disposition de soi » au respect d’autrui. Cela produit sans doute un effet miroir à la fois dérangeant et constructif sur le spectateur.

Pour finir en beauté, « La fuite » est un film socialement engagé, fondé sur une comédie qui remplit hautement sa mission.

Souhir Ben Amara poses at the 6th Abu Dhabi Film Festival in Abu Dhabi, United Arab Emirates on October 19, 2012. Photo by Ammar Abd Rabbo/ABACAPRESS.COM

 

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